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Escapades

48 heures sans parler : ce qui se passe pendant une retraite en silence

Deux jours entiers sans prononcer un mot, cela paraît simple sur le papier et étrangement vertigineux une fois sur place. Nous avons suivi le fil d'une première journée de silence, heure par heure, avec ses moments de flottement et ses petites surprises. Et pour ceux qui ne peuvent pas partir, une version à faire chez soi.

· 5 min de lecture

Fauteuil en bois et coussin clair près d'un voilage, dans une pièce lumineuse

On imagine souvent le silence comme un vide. Ceux qui ont tenté l'expérience parlent plutôt d'un trop-plein : bruits qu'on n'entendait plus, pensées qui défilent, sensations que la conversation recouvrait d'habitude. Une retraite en silence, c'est d'abord cela, une manière de baisser le volume de tout le reste pour entendre ce qui reste.

La veille au soir, le dernier mot

L'arrivée se fait en général le vendredi en fin d'après-midi. On découvre la maison, sa chambre, les douze ou quinze autres participants. Il y a un dîner, encore bavard, un peu nerveux, où chacun raconte ce qui l'amène. Puis, vers 21 heures, la personne qui encadre le séjour réunit le groupe, rappelle les quelques règles et annonce le début du silence. Ce soir-là, beaucoup s'endorment plus tôt que prévu, comme si le simple fait de ne plus devoir répondre suffisait à lâcher prise.

Les règles tiennent souvent en quelques lignes : ne pas parler, ne pas écrire de messages, éviter les échanges de regards appuyés qui deviennent vite des conversations muettes. On peut en revanche toujours s'adresser à l'encadrant en cas de besoin, par un mot ou en aparté. Le silence n'est jamais une épreuve d'endurance.

La première journée, heure par heure

7 heures. Une cloche, ou un simple gong, sonne le réveil. Pas de réveil sur le téléphone : celui-ci a été rangé la veille, éteint, dans une boîte ou au fond du sac. Le premier réflexe, chercher l'écran pour connaître l'heure ou la météo, revient trois ou quatre fois dans la matinée. On s'en amuse.

7 h 30. Une demi-heure d'étirements doux ou de méditation assise. Les consignes sont données à voix basse par l'encadrant, seule voix de la journée.

8 h 15. Le petit déjeuner en silence. C'est souvent le moment le plus déroutant. On ne sait pas où poser les yeux. Le bruit des cuillères dans les bols paraît énorme, on entend quelqu'un mâcher à l'autre bout de la table, on retient un fou rire. Puis, au bout de dix minutes, quelque chose se détend : on goûte vraiment le pain, la confiture, le thé.

9 h 30. Une marche lente, en file, sur un chemin de campagne. Personne ne commente le paysage. On remarque une buse, l'odeur de la terre mouillée, le crissement des cailloux. Ceux qui ont déjà goûté au bain de forêt reconnaîtront la sensation.

11 heures. Temps libre. C'est là que la journée se complique. Sans discussion, sans écran, sans tâche à accomplir, deux heures paraissent longues. Certains lisent, d'autres dorment, d'autres encore tournent en rond dans le jardin en se demandant ce qu'ils font là.

12 h 30. Déjeuner, toujours sans un mot. On se sert, on fait passer le plat d'un geste. Le repas dure plus longtemps qu'à la maison, et l'on se rend compte qu'on mange d'habitude en parlant, en lisant ou en regardant autre chose.

14 heures. Une sieste ou un temps allongé. Beaucoup de participants racontent qu'ils dorment profondément ce premier après-midi, sans l'avoir prévu.

16 heures. Une seconde séance de pratique, puis une tâche simple partagée : éplucher des légumes, balayer la cour, ranger le bois. Le travail manuel en silence a quelque chose d'apaisant.

19 heures. Dîner léger. 20 h 30, un dernier temps assis, et chacun regagne sa chambre. Vers 22 heures, la maison est plongée dans le noir.

Les moments difficiles

Il serait malhonnête de décrire ces 48 heures comme une parenthèse idyllique. La fin de matinée du premier jour est souvent pénible : l'ennui monte, les pensées tournent en boucle, une liste de choses à faire s'invite sans prévenir. Certains se sentent irritables, d'autres émus sans raison apparente. Ce sont des réactions fréquentes, qui s'estompent généralement le deuxième jour.

Le plus surprenant, pour beaucoup, est de constater combien on parle pour combler. Sans la possibilité de dire « il fait beau », « c'est bon », « pardon », on découvre la quantité de petits mots qu'on prononce par réflexe.

Si vous traversez une période difficile, si vous avez des antécédents d'anxiété marquée ou si un problème de santé vous préoccupe, parlez-en à votre médecin avant de vous inscrire. Un encadrant sérieux pose d'ailleurs quelques questions à l'inscription et reste disponible pendant tout le séjour.

Ce que l'on rapporte

Le dimanche midi, le silence est levé, souvent en cercle. Les premiers mots sortent bizarrement, la voix semble étrangère. Puis les conversations reprennent, plus lentes, plus attentives qu'au premier soir.

Ce que l'on rapporte est modeste et concret : l'envie de manger sans écran au moins un repas par jour, l'habitude de laisser le téléphone dans une autre pièce la nuit, une attention nouvelle aux bruits du matin. Rien de spectaculaire, mais des gestes qui tiennent parfois des mois.

Pour qui, et comment s'y préparer

Une retraite en silence convient à ceux qui aiment la solitude sans la craindre, à ceux qui sortent d'une période très chargée, ou simplement aux curieux. Pour une première fois, choisissez un format court, deux nuits, avec un encadrement présent et un programme qui alterne activités et temps libres. Nos conseils pour choisir un séjour au calme s'appliquent ici aussi : taille du groupe, hébergement, budget réel.

Côté préparation, quelques points suffisent :

  • prévenir ses proches qu'on sera injoignable, avec un numéro d'urgence du lieu ;
  • réduire un peu le café les jours précédents si l'on en boit beaucoup ;
  • emporter un carnet, si l'écriture est autorisée, et un livre sans écran ;
  • arriver reposé plutôt qu'au bout du rouleau, après une semaine allégée.

Une demi-journée de silence à la maison

Pas besoin de partir pour goûter à l'expérience. Un samedi matin suffit. Prévenez votre entourage, éteignez le téléphone de 8 heures à 13 heures, et décidez à l'avance de ce que vous ferez : une marche, un petit déjeuner pris lentement, une heure de lecture, un peu de rangement. Pas de radio, pas de podcast, pas de musique.

Le plus difficile sera la première heure. Le plus agréable, souvent, le déjeuner qui suit, où les mots reviennent avec une saveur nouvelle. Si vous vivez à plusieurs, l'exercice peut se faire ensemble, chacun dans sa bulle, avec pour seul signal convenu une tasse posée sur la table quand on a besoin de parler. Et le soir venu, ce calme se prolonge facilement dans un coucher sans écran.